Table des matières
En résumé :
- Les troubles musculo-squelettiques sont la première cause de maladie professionnelle en France, loin devant les autres pathologies : ils représentent près de 90 % des cas indemnisés, avec une progression constante des arrêts de travail associés dans tous les secteurs d’activité (de l’agroalimentaire au bâtiment, du transport et logistique aux travaux publics, en passant par la propreté, mais aussi, de plus en plus, les métiers sédentaires en milieu professionnel tertiaire).
- Au poste informatisé, l’apparition d’un trouble musculo-squelettique est favorisée par la charge physique de travail liée aux situations de travail statiques prolongées : fatigue musculaire, appui répété du poignet, posture du membre supérieur en extension sont susceptibles de provoquer tendinite, tendinopathie de la coiffe des rotateurs, syndrome de De Quervain ou atteinte du nerf médian.
- En cas de reconnaissance, la protection sociale prévue par la branche AT/MP ouvre droit à une prise en charge complète des soins, à des indemnités journalières majorées et, selon le taux d’incapacité retenu, à un capital ou une rente.
- Pour réduire le risque, consultez les ressources disponibles sur inrs.fr et ameli.fr : dépliants de sensibilisation, brochures, données statistiques et outils d’analyse des situations de travail y sont accessibles gratuitement.
TMS et maladie professionnelle : les chiffres en France
Selon les données de l’Assurance Maladie, leur nombre a augmenté de 6,7 % en 2024, pour atteindre un peu plus de 50 000 cas reconnus.
Les troubles musculosquelettiques (TMS) restent très largement dominants. Ils représentent près de 90 % des maladies professionnelles et ont connu une hausse de 6,6 % sur un an, ce qui confirme leur place centrale parmi les atteintes liées au travail.
Ces pathologies touchent l’ensemble des secteurs d’activité avec une forte présence dans :
- Les métiers de l’aide et du soin
- La manutention et la logistique
- Certaines activités industrielles ainsi que les environnements de bureau (notamment via les contraintes posturales et la sédentarité).
Dans les activités tertiaires, les TMS représentent une part importante des atteintes déclarées aux côtés des risques psychosociaux eux aussi en progression.
Les TMS ne se limitent pas au travail sur écran : ils résultent majoritairement de gestes répétitifs, manutentions, postures contraignantes ou efforts physiques.
Bien que certaines catégories de salariés soient plus exposées, la répartition précise par sexe varie selon les secteurs et n’est pas uniforme.
Quels TMS peuvent être reconnus comme maladie professionnelle ?
En France, la reconnaissance d’un TMS en maladie professionnelle repose sur des tableaux officiels annexés au Code de la sécurité sociale, établis par décret et consultables sur Légifrance et sur la base de données de l’INRS.
Le tableau 57 du régime général est le principal référentiel : il encadre la reconnaissance des affections périarticulaires lorsqu’elles sont provoquées par des gestes répétitifs ou des postures contraignantes au travail, et couvre cinq zones anatomiques : épaule, coude, poignet, genou et cheville.
Point important pour les travailleurs sur écran : le mal de dos ne figure pas dans le tableau 57, qui se concentre exclusivement sur les affections périarticulaires des membres. Les affections chroniques du rachis lombaire relèvent des tableaux 97 et 98 du régime général.
Les cervicalgies, très fréquentes chez les utilisateurs d’écran, n’y figurent pas non plus : leur reconnaissance nécessite en général un passage par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).
Tableau des TMS fréquents chez les travailleurs sur écran et leur statut en maladie professionnelle :
| Pathologie | Zone anatomique | Lien avec le travail sur écran | Tableau MP (régime général) |
|---|---|---|---|
| Syndrome du canal carpien | Poignet / main | Frappe clavier intensive, appui prolongé au poignet, usage répété de la souris | Tableau 57 |
| Tendinopathie de la coiffe des rotateurs | Épaule | Bras en extension, souris éloignée, maintien prolongé du membre supérieur | Tableau 57 |
| Épicondylite | Coude | Mouvements répétés de flexion/extension, usage intensif de la souris | Tableau 57 |
| Syndrome de De Quervain | Pouce / poignet | Mouvements répétitifs du pouce et de la main (saisie, défilement) | Tableau 57 |
| Cervicalgies chroniques | Rachis cervical | Écran trop bas, tête en flexion prolongée, posture statique | Hors tableau 57 — CRRMP |
Pour bénéficier de la présomption d’origine professionnelle, trois conditions cumulatives doivent être remplies :
- La maladie doit être exactement désignée dans le tableau
- Le délai de prise en charge doit être respecté
- Les travaux accomplis doivent figurer dans la liste limitative prévue par le tableau.
Si l’une de ces conditions fait défaut, le dossier est transmis au CRRMP, qui évalue l’existence d’un lien direct et essentiel entre la pathologie et l’activité professionnelle habituelle.
Comment un TMS est-il reconnu en maladie professionnelle ? La procédure en 3 étapes
La reconnaissance d’un TMS en maladie professionnelle repose sur une démarche encadrée par le Code de la sécurité sociale :
1. Consultation médicale et certificat médical initial
La démarche commence obligatoirement chez un médecin qui établit un certificat médical initial (formulaire S6909) qui décrit précisément la pathologie.
Ce document est fondamental : la désignation médicale qu’il contient doit correspondre exactement à celle figurant dans le tableau de maladie professionnelle concerné.
2. Déclaration auprès de la CPAM
Le salarié adresse à sa caisse primaire d’assurance maladie le formulaire S6100b de déclaration de maladie professionnelle, accompagné du certificat médical initial. Il dispose de 2 ans pour effectuer cette démarche, à compter de la date du certificat médical l’informant du lien possible entre sa maladie et son activité professionnelle.
En cas d’arrêt de travail simultané, le formulaire doit être adressé à la CPAM dans un délai maximal de 15 jours à compter du début de l’arrêt.
3. Instruction du dossier et décision
La CPAM envoie un questionnaire au salarié et à son employeur pour connaître les conditions de travail au quotidien. Le salarié dispose de 30 jours pour le renvoyer complété.
La CPAM dispose ensuite d’un délai de 4 mois pour instruire le dossier. Si elle ne peut pas se prononcer dans ce délai, elle notifie un refus suspensif et saisit le CRRMP, qui dispose à son tour de 4 mois pour rendre son avis.
En cas de reconnaissance, la prise en charge comprend les soins à 100 %, des indemnités journalières majorées et, en cas d’incapacité permanente, un capital ou une rente selon le taux retenu.
Comment prévenir les TMS liés au travail sur écran ?
Le travail sur écran peut engendrer des troubles musculosquelettiques liés à des facteurs biomécaniques (posture statique prolongée, répétitivité des gestes) mais aussi organisationnels et psychosociaux. Bonne nouvelle : ces facteurs de risque sont largement évitables !
La prévention repose sur deux leviers complémentaires :
1. L'ergonomie du poste : la priorité absolue
L’INRS identifie plusieurs situations à risque caractéristiques du travail sur écran :
- Un écran positionné trop bas (systématique avec un ordinateur portable posé à plat) peut être à l’origine de douleurs cervicales.
- Des documents papier placés entre le clavier et le salarié engendrent une sursollicitation des épaules lors de la frappe.
- Un appui continu du poignet pendant la saisie peut quant à lui favoriser une atteinte du canal carpien.
Les corrections à apporter sont précises. Le haut du moniteur doit se situer au niveau des yeux, et le bord du clavier à 10-15 cm du bord du plan de travail.
Pour les utilisateurs d’ordinateur portable, l’INRS recommande en priorité la connexion à un écran externe ; à défaut, il convient de rehausser l’ordinateur pour placer le haut de l’écran à hauteur des yeux, en complétant l’équipement d’un clavier déporté et d’une souris.
2. Organisation du travail et pauses actives
Agir sur l’organisation du travail est un levier de prévention à part entière : l’objectif est de permettre aux salariés d’adapter leur aménagement et leur organisation à la fois aux exigences de l’activité, à leurs caractéristiques individuelles et à leurs évolutions.
Concrètement, cela signifie alterner les tâches pour varier les postures, s’accorder des micro-pauses toutes les 45 à 60 minutes et éviter les sessions de saisie intensive sans interruption.
Le télétravail accroît le temps passé devant l’ordinateur par rapport au travail au bureau : ce facteur de risque supplémentaire doit être intégré à l’évaluation des risques de l’entreprise.
L’employeur a d’ailleurs l’obligation d’inscrire ces risques dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et de prévoir des actions de prévention adaptées.
FAQ
Le syndrome du canal carpien est-il automatiquement reconnu comme maladie professionnelle ?
La reconnaissance suppose que les trois conditions du tableau 57 soient intégralement remplies : désignation exacte de la pathologie, délai de prise en charge respecté et travaux figurant dans la liste limitative. Si l’une de ces conditions fait défaut, le dossier est transmis au CRRMP, qui statue au cas par cas sur le lien entre la maladie et l’activité professionnelle.
Un télétravailleur peut-il faire reconnaître un TMS en maladie professionnelle ?
Le lieu d’exécution du travail ne modifie pas le cadre légal de la reconnaissance, qui repose sur la nature des tâches accomplies et les conditions du tableau de maladie professionnelle applicable.
Quels sont les premiers symptômes d'un TMS à surveiller devant un écran ?
Fourmillements ou engourdissements dans les mains et les poignets, raideur cervicale au lever, gêne à l’épaule lors de l’élévation du bras, ou douleurs persistantes au coude après une journée de travail sont des signaux d’alerte à ne pas ignorer.
L'employeur a-t-il des obligations spécifiques pour prévenir les TMS liés au travail sur écran ?
L’employeur est tenu d’évaluer les risques liés au travail sur écran y compris en télétravail et de les retranscrire dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), avec un plan d’actions de prévention associé.
Sources :
Rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels – Éléments statistiques et financiers
Santé Publique France – Troubles musculo‑squelettiques en France : où en est‑on ?
INRS – Tableaux des maladies professionnelles
Service‑public.gouv.fr – Maladie professionnelle : démarches à effectuer


