Table des matières
En résumé :
- Les TMS de la main et du poignet (syndrome du canal carpien, tendinites, ténosynovites) figurent parmi les pathologies professionnelles les plus fréquentes dans les activités sur écran.
- Gestes répétitifs, postures contraignantes et organisation du travail inadaptée se cumulent pour fragiliser progressivement le membre supérieur. Ce n’est pas l’intensité d’un geste qui crée la lésion : c’est sa répétition, heure après heure, sans récupération suffisante.
- La configuration du poste est un facteur déterminant : documents posés devant le clavier, souris trop éloignée, portable sans rehausseur, appui du poignet sur le bord du bureau… autant de situations qui exposent directement la main et le poignet.
- Des ajustements accessibles permettent de corriger l’essentiel : clavier à position neutre, souris dans l’axe de l’épaule, rehausseur de pc portable, porte-document entre l’écran et le clavier, pauses courtes et régulières.
- Le Code du travail impose à l’employeur d’évaluer ces risques, d’organiser les pauses et de former les salariés y compris en télétravail. Cette obligation s’étend à la fourniture d’équipements adaptés pour les postes à domicile.
TMS main et poignet : de quoi parle-t-on ?
Les troubles musculosquelettiques sont des affections péri-articulaires qui touchent les tissus mous : tendons, muscles, nerfs et vaisseaux. Ils s’installent au niveau de l’articulation, pas brutalement mais par accumulation, ce qui rend leur détection souvent (trop) tardive.
Le syndrome du canal carpien
Le nerf médian passe par un couloir anatomique étroit situé côté paume, le canal carpien.
Lorsque ce passage se rétrécit (sous l’effet de microtraumatismes répétés ou d’une inflammation chronique) la compression nerveuse qui en découle produit des fourmillements dans les doigts, une perte progressive de sensibilité, et parfois une incapacité à maintenir une prise ferme.
Un signe caractéristique de ce syndrome : les symptômes sont souvent plus intenses la nuit. Beaucoup de professionnels qui travaillent sur écran se réveillent ainsi la main engourdie sans établir le lien avec leur poste de travail.
Tendinites et ténosynovites
Les tendons fléchisseurs et extenseurs des doigts et du poignet sont entourés de gaines lubrifiées qui permettent le glissement. À force de répéter les mêmes microgestes : frappe, clic, molette, ces gaines s’irritent et perdent leur souplesse : on parle de ténosynovite. Quand l’inflammation touche le tendon lui-même, on parle de tendinite.
La ténosynovite de De Quervain quant à elle affecte les tendons du pouce et est fréquemment retrouvée chez les utilisateurs “intensifs” de la souris.
Les signaux d'alerte à ne pas ignorer
Les premiers signes à surveiller sont les suivants :
- Gêne ou légère douleur en fin de journée qui disparaît au repos
- Raideur matinale du poignet ou des doigts
- Fourmillements ou engourdissements même passagers
- Sensation de maladresse ou de manque de force dans la main
- Douleurs nocturnes responsables de micro-réveils.
Chacun de ces signaux, pris isolément, peut sembler anodin. C’est leur persistance ou leur répétition qui doit alerter et déclencher une analyse du poste.
Pourquoi la main et le poignet sont particulièrement exposés au travail sur écran
Travailler sur ordinateur est souvent perçu comme une activité peu contraignante physiquement. C’est une idée fausse ! Le membre supérieur et le poignet en particulier subit des sollicitations continues, cumulatives et rarement compensées par des périodes de récupération suffisantes.
Des gestes répétitifs sous-estimés
Selon une étude terrain de l’INRS sur des opérateurs de saisie et de CAO (TF-145), les mouvements de flexion-extension du poignet lors de la frappe atteignent des niveaux de répétitivité élevés, mesurés en nombre de mouvements par minute sur une journée de plus de 6 heures sur écran.
Ce n’est pas l’intensité d’un geste qui use, c’est sa répétition plusieurs centaines de fois par heure sans interruption réelle. Au-delà de 4 à 6 heures quotidiennes sur écran sans pauses, le risque augmente de façon significative.
Des postures structurellement contraignantes
La position standard de travail sur écran cumule plusieurs contraintes biomécaniques défavorables pour le poignet :
- La souris standard impose une pronation de l’avant-bras (paume vers le bas) maintenue en continu
- Un clavier mal positionné entraîne une extension du poignet pendant la frappe
- Une souris trop éloignée du corps génère une abduction de l’épaule au-delà de 30°, qui se répercute en tension sur tout le membre supérieur jusqu’au poignet
- L’appui du poignet sur le bord du bureau augmente la pression dans le canal carpien.
Aucune de ces contraintes n’est insupportable prise séparément. C’est leur combinaison reproduite des heures par jour qui produit les lésions !
Organisation du travail et stress : les facteurs invisibles
Les facteurs psychosociaux interviennent largement dans le développement des TMS, et sont souvent laissés de côté dans les diagnostics de terrain.
- Un niveau de stress chronique élevé augmente le tonus musculaire de fond, y compris au niveau du cou, des épaules et des avant-bras.
- Les tâches répétitives à cadence imposée, la charge cognitive élevée ou encore la surconnexion en télétravail sont autant de situations qui aggravent aussi les contraintes biomécaniques sans qu’on les perçoive comme des risques physiques.
Les solutions ergonomiques pour protéger la main et le poignet
La majorité des TMS de la main et du poignet liés au travail sur écran sont évitables. Pas forcément par des investissements lourds mais par des ajustements de bon sens, appliqués avec cohérence :
Repositionner clavier et souris
C’est LE point de départ ! Le clavier se place à 10 à 15 cm du bord du bureau, de façon à ce que les avant-bras puissent reposer sur le plan de travail sans effort. Le poignet reste en position neutre : ni fléchi, ni en extension. La souris se positionne immédiatement à côté, dans l’axe de l’épaule, sans espace entre les deux périphériques.
L’appui pendant l’utilisation concerne les avant-bras, pas le poignet.
Pour les utilisateurs qui ressentent déjà des douleurs, une souris verticale place la main dans une position plus neutre avec moins de pronation de l’avant-bras.
Le cas particulier de l'ordinateur portable
Le portable impose une contrainte que ni le réglage du siège ni celui du bureau ne peuvent résoudre : l’écran et le clavier sont solidaires. La seule réponse structurelle est de les dissocier :
- Un rehausseur remonte l’écran à hauteur des yeux
- Un clavier et une souris externes prennent le relais.
Cette configuration préconisée par l’INRS corrige simultanément les contraintes posturales et réduit les tensions.
En déplacement ponctuel, le portable seul reste tolérable. En poste quotidien, fixe ou en télétravail, c’est une configuration qu’il vaut mieux éviter ou limiter.
Pauses et organisation : la dimension oubliée
Un poste bien réglé ne suffit pas si l’activité est continue pendant cinq heures. Quelques minutes toutes les heures permettent le relâchement musculaire. Des micro-pauses actives sont plus efficaces que rester assis sans bouger.
Alterner les tâches (appels, réunions, réflexion hors écran) reste l’un des leviers les plus simples pour rompre la répétitivité des gestes et réduire la charge cumulée sur la main et le poignet.
Ce que la réglementation impose
Le travail sur écran n’est pas laissé à l’appréciation de chaque entreprise. Le Code du travail (articles R. 4542-1 à R. 4542-19) définit des obligations précises pour tout employeur dont les salariés utilisent un écran de façon habituelle.
Concrètement, cela implique :
- Evaluer les risques liés au travail sur écran et les inscrire au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP)
- Organiser l’activité de façon à interrompre périodiquement le travail sur écran en prenant de vraies pauses (les temps d’attente passifs devant l’écran ne comptent pas !)
- Former et informer les salariés sur les bons réglages de poste avant leur prise de poste et à chaque modification substantielle
- Assurer un suivi de la vue et prendre en charge les dispositifs de correction spéciaux si le travail sur écran l’exige.
Ces obligations s’appliquent à l’identique en télétravail. L’employeur reste tenu de garantir des conditions de travail conformes.
FAQ
Quels sont les symptômes d'un TMS au poignet ?
Un TMS au poignet se manifeste par des douleurs, des fourmillements ou des engourdissements dans les doigts et la main, parfois accompagnés d’une perte de force ou d’une raideur persistante.
Combien de temps dure un TMS de la main ou du poignet ?
La durée dépend du stade de la pathologie et de la rapidité à corriger les facteurs en cause. Sans intervention sur le poste et l’organisation du travail, un TMS peut devenir chronique et évoluer vers des formes plus sévères, jusqu’au syndrome du canal carpien qui peut nécessiter une prise en charge chirurgicale.
Comment prévenir les TMS de la main et du poignet au bureau ?
La prévention repose d’abord sur un réglage correct du poste : clavier en position neutre, souris dans l’axe de l’épaule, écran à hauteur des yeux et pauses régulières toutes les heures. L’utilisation d’un rehausseur de pc portable et d’un porte-document réduit également les contraintes sur l’ensemble du membre supérieur.
L'employeur est-il responsable en cas de TMS chez un salarié ?
Le Code du travail lui impose d’évaluer les risques liés au travail sur écran et de prendre des mesures de prévention adaptées (articles R. 4542-1 à R. 4542-19). En cas de TMS reconnu comme maladie professionnelle, sa responsabilité peut être engagée si ces obligations n’ont pas été respectées.
Sources :
INRS – Troubles musculosquelettiques (TMS) – Statistiques
INRS – TMS du membre supérieur dans les tâches informatisées (TF-145, PDF)
Anact – Guide méthodologique : mener une démarche de prévention des TMS


